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Budd, une application qui limite les risques liés au chemsex

Les chercheurs de l'IMT testent une application qui aide les personnes qui pratiquent le sexe chimique à être plus conscientes.

25-02-21

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Le chemsex, qui désigne des parties fines au cours desquelles les participants s’adonnent à la consommation de drogues synthétiques, rencontre un succès grandissant ces dernières années. L’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers a développé, en collaboration avec l’université d’Anvers, Sensoa et le centre flamand de l’expertise sur l’alcool et les autres drogues (VAD), une application destinée à limiter les risques que courent les personnes qui participent à des fêtes chemsex. L’appli, baptisée Budd, sensibilise les participants aux risques liés au chemsex. Ainsi, les adeptes de cette pratique sont encouragés à prendre davantage de précautions lors de leur participation à ces événements. Depuis quelques semaines, les chercheurs de l’IMT testent l’application dans le cadre d’un projet-pilote auquel participe un groupe restreint. Sur la base des résultats de cette phase de test, l’appli sera par la suite optimisée avant d’être déployée à grande échelle.

Budd fait office de compagnon personnalisé et numérique qui guide les participants adeptes du chemsex avant, pendant et après les fêtes de chemsex. Les participants tiennent à jour une vue d’ensemble des fêtes auxquelles ils ont prévu de participer dans l’appli et reçoivent des conseils visant à limiter les risques qu’ils encourent avant de s’y rendre. Les participants peuvent ensuite définir des objectifs personnels sur la base de ces conseils, par exemple en matière de consommation de drogues, de santé sexuelle ou s’en servir pour aider d’autres personnes, etc. Quelques jours après la fête, l’appli vérifie si le conseil a été suivi. Ce suivi accentue la prise de conscience des utilisateurs par rapport à leur propre comportement, ce qui leur permet de conserver plus facilement le contrôle sur leur consommation. L’appli permet par ailleurs aux utilisateurs de procéder au suivi de l’évolution de leur état d’esprit. L’appli leur demande d’évaluer leur humeur avant de se rendre à une fête, juste après l’événement et deux jours plus tard. Par ailleurs, Budd fournit des informations sur les thématiques liées au chemsex, un outil qui permet de s’assurer que l’association de l’une ou l’autre substance ne présente pas de risque, un aperçu de l’offre de services d’assistance en Flandre et une description des situations d’urgence les plus fréquentes. Pendant la fête, les participants peuvent facilement prendre contact avec les services d’assistance et leurs personnes de confiance grâce à l’application.

Un petit groupe teste l’application de façon approfondie dans le cadre d’un projet-pilote. Par ailleurs, les chercheurs établissent un questionnaire en ligne destiné aux utilisateurs potentiels de Budd. Ce questionnaire permet aux chercheurs d’évaluer dans quelle mesure les utilisateurs ont l’intention d’utiliser l’appli à l’avenir et si elle présente une véritable valeur ajoutée à leurs yeux. Ils pourront ainsi optimiser l’efficacité de l’application.

« Le chemsex est un phénomène qui prend de l’ampleur, surtout dans les grandes villes comme Londres, Berlin, Amsterdam et Bruxelles. Les personnes qui prennent part à ces fêtes consomment de la drogue. La désinhibition qui en résulte les pousse à prendre davantage de risques qu’elles ne le voudraient réellement. Grâce à cette application, nous souhaitons inciter les adeptes du chemsex à prendre davantage de recul par rapport à cette pratique en limitant les risques pour eux-mêmes et autrui », déclare Corinne Herrijgers, chercheuse à l’IMT.

Il n’est pas évident d’obtenir de l’aide pour les adeptes du chemsex. « L’année dernière, nous avons mené des entretiens approfondis avec des représentants du groupe cible afin de mieux appréhender leurs besoins et la façon dont ils gèrent les risques liés aux chemsex. Ces entretiens ont révélé que les personnes qui pratiquent le chemsex ne savent souvent pas vers quelles instances se tourner pour obtenir de l’aide ou des conseils en la matière. Elles n’osent pas faire la démarche de s’adresser aux services d’assistance, car elles craignent que les assistants sociaux ne portent un jugement sur leur pratique du chemsex. Par ailleurs, il est souvent difficile de trouver des informations fiables sur le sujet et de savoir comment aider efficacement d’autres personnes en cas d’urgence. En nous appuyant sur les résultats de cette étude, nous avons développé l’application Budd, un outil simple d’utilisation et anonymisé qui a pour but de limiter les risques que courent les adeptes du chemsex, en leur fournissant des informations fiables sur le sujet. Même si l’application mobile vise à apporter un soutien au groupe cible, elle ne remplacera pas l’assistance fournie par des professionnels. Il est indispensable de mettre sur pied une plate-forme d’assistance claire à laquelle il serait possible de s’adresser de façon anonyme pour poser des questions concernant la sexualité ou la consommation de drogues à des professionnels », souligne Tom Platteau, sexologue à l’IMT.

Il ressort de l’expérience clinique que les personnes qui pratiquent le chemsex souffrent par ailleurs d’un sentiment de solitude. Elles ressentent le besoin de s’exprimer ouvertement sur la problématique et leur participation à des fêtes de chemsex, mais sont freinées dans cette démarche par le tabou imposé par la société. De ce fait, il leur semble impossible d’en parler avec des amis ou leur famille, mais aussi de s’adresser à des professionnels qui pourraient leur fournir une assistance. Comme on peut l’imaginer, cette dynamique ne fait que renforcer les sentiments de solitude. Par ailleurs, il est nécessaire de mener des recherches supplémentaires afin d’analyser de façon plus approfondie les problématiques liées au chemsex. Il sera dès lors possible d’apporter une aide plus efficace dans ce domaine.

Le chemsex : de quoi s’agit-il ?

Le cocktail détonant constitué par l’association de la consommation de drogues et de certaines pratiques sexuelles n’a rien d’une nouveauté. La plupart des personnes qui s’adonnent à ces pratiques parviennent à limiter leur consommation de drogue à un niveau qu’elles considèrent comme acceptable. Au cours des dix dernières années, de nouvelles substances très puissantes et donc plus difficiles à contrôler, sont arrivées sur le marché. Ces fêtes peuvent s’étaler sur plusieurs jours et les participants peuvent y associer plusieurs drogues différentes. Certains participants mettent plusieurs jours à récupérer par la suite. Ce contrecoup, combiné à d’autres facteurs (incidence sur les activités professionnelles, problèmes financiers, isolement social) conduisent certaines personnes à souffrir de la pratique du chemsex.

Cette application vous intéresse ?

Par le biais de ce questionnaire, les chercheurs veulent évaluer l'efficacité et la convivialité de l'application auprès des utilisateurs potentiels. 

 

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