La chaleur est là pour rester : il est temps de lui laisser de la place
La Belgique souffre d'une vague de chaleur. Les toits craquent, les capots de voiture crépitent et, par endroits, l'asphalte des routes se soulève. Les ventes de climatiseurs grimpent en flèche et les météorologues, les pouvoirs publics et les employeurs donnent des consignes pour surmonter au mieux le stress thermique. Comment se fait-il que nous réagissions à chaque fois comme si la chaleur était un état d'urgence temporaire ?
Lorsque nous parlons de chaleur, celle-ci est associée à des mots tels que « stress », « vague », « alerte » et « extrême ». Ce langage trahit le fait que la chaleur nous prend au dépourvu, comme quelque chose qui relève encore de l'inconnu pour nous. Cela n'a rien d'étonnant. D'autres phénomènes météorologiques – la pluie et le vent – ont façonné au fil des siècles nos traditions, nos proverbes et nos expressions. Et notre culture architecturale.
Dans certains pays tropicaux, on dit, lors de journées chaudes comme celles-ci, que « le soleil a invité sa famille ». Cette expression poétique témoigne d'une autre culture météorologique et d'un autre regard sur la façon de vivre avec la chaleur. C'est là que réside également le défi pour la Belgique. En raison du changement climatique, la chaleur sera plus fréquente. Cela nécessite de renouveler notre langage, nos traditions et notre culture architecturale.
« Même dans un petit pays comme la Belgique, la chaleur nous divise sur les plans géographique et socio-économique. »
Stefanie Dens
Ingénieure-architecte et urbaniste
Le fait que la chaleur ne fasse pas encore partie de cette culture est illustré par les consignes : fermez les rideaux, achetez un ventilateur, portez des vêtements légers et travaillez à domicile. Ces recommandations mettent fortement l'accent sur la responsabilité individuelle. Mais tout le monde ne dispose pas d'un logement spacieux et bien isolé dans lequel il peut travailler à domicile. Tout le monde n'a pas la climatisation ou un ventilateur. La chaleur nous touche tous, mais pas de la même manière.
Au-dessus des sols sablonneux de la Campine, il fera rapidement quelques degrés de plus que dans le reste du pays. Ceux qui vivent au bord de la mer connaissent l'avantage de la brise marine. Dans les villes, l'effet d'îlot de chaleur entre en jeu et la population doit supporter quelques degrés supplémentaires.
Même dans un petit pays comme la Belgique, la chaleur nous divise sur les plans géographique et socio-économique. C'est pourquoi nous ne devons pas tant nous demander comment chaque individu peut se protéger individuellement contre la chaleur, mais comment nous pouvons y parvenir ensemble. Nous devons rechercher une stratégie collective d'adaptation à la chaleur.
« Notre architecture, conçue pour la pluie, se heurte de plus en plus à un climat de chaleur. »
Stefanie Dens
Ingénieure-architecte et urbaniste
Notre culture urbaine de vie et de travail repose sur les conditions météorologiques habituelles de notre région. Nous investissons avant tout dans deux espaces : un espace intérieur pour travailler et un espace intérieur pour vivre. Or, la chaleur impose d'autres exigences.
Outre la vie à l'intérieur, la chaleur exige également une vie à l'extérieur. Et c'est là que le bât blesse. Les espaces publics et les places, que nous avons aménagés pour évacuer rapidement les eaux de pluie, rayonnent de chaleur les jours de canicule, jusque tard dans la nuit. Les petits arbres belges qui les bordent offrent souvent peu d'ombre. Notre architecture, conçue pour la pluie, se heurte de plus en plus à un climat de chaleur.
Si l'on observe la culture de l'habitat et du travail en Europe du Sud ou dans des pays comme l'Éthiopie ou le Pérou, on constate l'existence de nombreux « tiers-espaces ». Dans ces espaces publics, de grandes places sont bordées de galeries ombragées, d'arbres majestueux apportent de la fraîcheur sur de larges avenues et les églises restent ouvertes jour et nuit, telles des cathédrales de fraîcheur. Ces lieux où la fraîcheur est monnaie courante et où l'on peut se reposer les jours de grande chaleur sans devoir consommer nous manquent. L'espace public se rétrécit et les solutions au stress thermique sont de plus en plus individualisées.
La chaleur mérite un traitement culturel similaire à celui du vent et de la pluie, que nous avons intégrés au fil des siècles dans notre langue, nos coutumes et nos villes. Mais plus nous continuerons à traiter la chaleur comme une situation d'urgence temporaire, plus nous continuerons à chercher des solutions individuelles à un phénomène qui mérite une adaptation collective. La chaleur est là pour rester : il est temps de lui laisser de la place.
Stefanie Dens est ingénieure-architecte et urbaniste. Elle mène des recherches au sein du Datahub de l’Institut de Médecine Tropicale. Cette tribune a été publiée dans De Tijd (en néerlandais) le 19 juin 2026.
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