Le VIH a évolué, mais les pratiques en matière d'assurance, quant à elles, pas encore
Il est assis en face de moi dans la salle de consultation. Je le connais depuis des années comme un homme plein d’entrain. Mais aujourd’hui, c’est différent. « Docteur, je n’arrive pas à souscrire une assurance solde restant dû. Sans cette assurance, nous n’obtiendrons pas de prêt pour notre maison. »
Il est père de deux jeunes enfants, marié, et vit avec le VIH depuis plusieurs années. Grâce à son traitement, son système immunitaire s’est rétabli et le virus est indétectable depuis longtemps. Il est donc en bonne santé et ne peut pas transmettre le VIH par voie sexuelle. Tant qu’il continue à suivre correctement son traitement, son espérance de vie est comparable à celle d’une personne ne vivant pas le VIH.
D’un point de vue médical, c’est rassurant. Pourtant, plusieurs assureurs lui donnent la même réponse : une surprime pouvant aller jusqu’à 100 %, uniquement parce qu’il vit avec le VIH.
« Vous avez pourtant dit que le VIH était aujourd’hui une maladie chronique ? », demande-t-il. Son étonnement est compréhensible. Le VIH nécessite toujours un traitement et un suivi médical adéquat, mais l’image du VIH comme une maladie nécessairement mortelle est dépassée depuis longtemps. En Belgique, plus de 19.000 personnes vivent aujourd’hui avec le VIH. Chez près de neuf personnes sur dix, le virus est supprimé jusqu’à un niveau indétectable. Pour la plupart des personnes concernées, le VIH est donc une maladie chronique bien contrôlée. Selon les données les plus récentes du rapport sur le VIH publié par Sciensano en 2025, il n’existait pas de différence notable en matière de mortalité entre les personnes vivant avec le VIH et la population générale.
Ces progrès médicaux ne se reflètent toutefois guère dans le monde de l’assurance. Les personnes vivant avec le VIH sont toujours confrontées à des majorations de primes excessives, à l’exclusion des soins liés au VIH dans les assurances hospitalisation, voire au refus pur et simple de leur accorder une assurance revenu garanti. Ces décisions sont souvent prises sans justification transparente et selon des critères qui varient fortement d’un assureur à l’autre.
Une assurance solde restant dû est souvent indispensable pour obtenir un crédit immobilier. Pour mon patient, cette exigence a ainsi mis en péril l’achat de son logement. Comme lui, de nombreuses personnes vivant avec le VIH se voient encore demander des surprimes qui peuvent compliquer l’accès à la propriété et peser lourdement sur leur sécurité financière.
Les assureurs ont le droit d’évaluer les risques médicaux. Mais ils doivent pouvoir démontrer qu’une majoration repose sur des données actuelles et correspond à l’état de santé du demandeur. Pour les personnes vivant avec le VIH et bien traitées, une majoration est de plus en plus difficile à justifier.
Depuis 2020, le « droit à l’oubli » existe en Belgique. Pour les personnes ayant souffert d’un cancer, les assureurs ne peuvent plus tenir compte de leurs antécédents oncologiques après un délai déterminé. Un tel cadre existe également pour les personnes vivant avec le VIH, mais les conditions qui s’y appliquent sont exceptionnellement strictes. Elles ne correspondent pas suffisamment à la réalité médicale actuelle et sont donc inapplicables.
Dès 2021, Sensoa a demandé au Centre fédéral d’expertise des soins de santé de revoir les conditions existantes. Ce dossier est toujours en cours d’examination, sans qu’un suivi politique concret lui ait été donné. Entre-temps, des milliers de personnes continuent d’être confrontées à l’incertitude, à la complexité administrative et à des obstacles financiers considérables.
La responsabilité n’incombe pas seulement aux assureurs, mais aussi des pouvoirs publics. Des critères transparents, uniformes et scientifiquement fondés ne constituent pas une faveur, mais une condition minimale de l’égalité de traitement.
Revenons à mon patient. Après des contestations persistantes et la présentation de justifications médicales, la majoration de sa prime a finalement été ramenée à 25 %. Il l’a accepté et a pu acheter sa maison. Mais la question demeure : pourquoi une personne souffrant d’une maladie chronique bien contrôlée doit-elle d’abord se battre pour obtenir la reconnaissance que son état de santé justifie qu’elle mérite depuis longtemps sur le plan médical ?
Dr Jelle Visser
Médecin, chef du Centre de référence VIH de l’Institut de médecine tropicale (IMT), Anvers
Signataires
Nico Bogaerts, directeur de l’asbl Sensoa (centre flamand d’expertise en santé sexuelle), Veerle Doossche, chargée des dossiers liés aux IST et au VIH chez Sensoa.
Dr. Rémy Demeester, au nom des centres de référence VIH belges. (Universitair Ziekenhuis Brussel; Cliniques Universitaires Saint-Luc; CHU Saint-Pierre; Hôpital Universitaires de Bruxelles - Hôpital Erasme – ULB; CHU de Charleroi; CHU de Liège; Jessa Ziekenhuis; CHU UCL Namur; UZ Gent; UZ Leuven; A.Z. Sint-Jan)
Le Conseil Positif
VIH et assurances: Unia appelle à mettrefin à des pratiques inacceptables
Les personnes vivant avec le VIH se heurtent encore à des obstacles injustifiés lorsqu’elles souhaitent souscrire une assurance, alors même que leur espérance de vie est comparable à celle des personnes ne vivant pas le VIH. Dans une recommandation, Unia appelle à adapter le cadre légal afin qu’il corresponde enfin à la réalité médicale actuelle.
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